Philanthropie et investissement responsable

À l’heure où les financements publics aux organisations de la société civile diminuent de manière brutale et sans doute irréversible, les regards se tournent vers l’activité philanthropique et les questions qu’elle soulève : qui définit le périmètre de l’intérêt général et du bien public ? Quelle est la légitimité des acteurs de la philanthropie dans le choix des bénéficiaires de dons, en dehors de tout contrôle démocratique ?

Ces interrogations sont présentes dans les discussions à la FPH.
Nous sommes conscients du déséquilibre qu’introduit dans la relation la position de bailleur de fonds. L’argent dont dispose la fondation lui confère un indéniable pouvoir : celui de contrôler et de décider de son utilisation. Même si les statuts de la FPH et le contrôle par l’Autorité de Surveillance de la conformité des pratiques avec la loi sont là pour éviter les dysfonctionnements, la mise en œuvre des buts et le choix des bénéficiaires des dons relèvent de la décision collective d’un groupe restreint de personnes : les membres du Conseil et de l’équipe salariée de la FPH.

Nous sommes également conscients de la position schizophrène qui est la nôtre et qui veut que les budgets dont nous disposons pour financer l’action philanthropique proviennent majoritairement des revenus de placements financiers dans des entreprises cotées en bourse, dans un système économique dont nous dénonçons quotidiennement les valeurs de profit et de consumérisme.

Nous ne prétendons pas être en mesure de résoudre toutes ces contradictions, cependant nous les prenons en compte à tous les niveaux de décision.
Une première réponse, certes imparfaite, réside dans les critères de placements financiers : investissement sur le long terme ; pas de placements à risque ni dans des sociétés dont l’activité est contraire aux buts de la fondation (comme la vente d’armes).
La réflexion sur la gestion du patrimoine est présente depuis l’origine dans le travail de fondation. La généralisation des questions d’investissement responsable offre désormais des possibilités plus larges de choix de contenu des portefeuilles et de placements mobiliers. À terme, la volonté est d’aller au-delà de la seule prohibition de titres d’entreprises dont les activités sont contraires aux valeurs et aux buts promus, et de pratiquer une politique de placement volontariste et engagée : désengagement des énergies fossiles, investissement direct ou indirect dans les énergies renouvelables, dans des organisations à caractère social, ...

La fondation dispose également d’un patrimoine immobilier. Si une partie des biens sont des immeubles de rapport, une part non négligeable a fait l’objet de transformations et contribue désormais à l’action philanthropique de la fondation.
Ainsi, l’immeuble 38 Saint-Sabin qui abrite le bureau parisien de la FPH a fait l’objet d’une rénovation écologique : isolation performante, ventilation double flux, absence de climatisation, installation de toilettes sèches ou encore panneaux photovoltaïques. Dix associations bénéficient d’un hébergement gratuit dans les locaux et deux salles de réunion sont mises gratuitement à la disposition d’une communauté plus large partageant les valeurs de la fondation.
Autre lieu, la bergerie de Villarceaux, vaste domaine situé dans le Vexin et dont la fondation est propriétaire, a subi de profondes transformations :
=> conversion en agriculture biologique du domaine agricole ;
=> transformation écologique du corps de ferme en centre d’accueil et de séminaires pour les organisations de la société civile partageant les valeurs de la fondation ;
=> ouverture prochaine d’une activité maraîchage sur le site ;
=> mise à disposition d’un local pour une coopérative de consommateurs, etc.

Dans sa mission principale, la justification de la philanthropie est de veiller à l’intérêt général. C’est ce qui, à la FPH, guide notre action. En apportant son soutien à la société civile pour qu’elle puisse agir comme contrepoids face aux États, exiger de ceux-ci qu’ils rendent des comptes, et proposer de nouvelles approches, la fondation veut participer au renforcement de nos démocraties.