Diagnostic

Crise écologique, accroissement des inégalités sociales, replis identitaires, tensions internationales, notre modèle de société dysfonctionne. Il ne s’agit pas d’effets collatéraux qu’il suffirait de compenser, mais bien d’un problème structurel du modèle lui-même. Pourtant, le changement inévitable de paradigme qui doit s’opérer peine à s’imposer. Il se heurte à des résistances et au blocage des systèmes en place, qu’ils soient normatifs, institutionnels, culturels ou législatifs.

Dépassement des limites planétaires
Abondamment documentées désormais, les limites planétaires rendent non soutenable le modèle des sociétés les plus développées selon la terminologie du XXe siècle. Non seulement ce mode de vie ne pourra s’étendre aux autres sociétés, mais les sociétés industrialisées elles-mêmes devront procéder à des changements radicaux vers la sobriété.

Accroissement des inégalités
L’affaiblissement des capacités économiques et régulatrices des États dans un contexte de globalisation économique, la fragilisation des États-providence qui en a résulté, ainsi qu’une mauvaise répartition des gains de la croissance, ont conduit à un accroissement des inégalités internes à chaque pays. Le phénomène est désormais bien documenté et reconnu par des organisations internationales (FMI, Banque mondiale, OCDE). Cet accroissement des inégalités infirme la théorie du ruissellement (trickle down economy) et appelle de nouveaux principes de répartition de la richesse, notamment par une re-régulation du marché du travail (salaire minimum, encadrement de la durée du temps de travail et des conditions de travail), et une restauration de la capacité fiscale de la puissance publique.

Crise de la culture
La période est marquée par un recul de l’universalisme et de l’idée d’une humanité sur la voie de l’union et du progrès par l’émancipation. Les trente années de libéralisme, sous prétexte de libérer l’individu, ont produit un individualisme et un relativisme qui ont ouvert la voie à toutes les transgressions, intellectuelles d’abord – dans les pensées - puis insidieusement morales – dans les actes. La perte d’un socle commun de valeurs, le cynisme des dirigeants, la décomposition des corps intermédiaires nécessaires à la socialisation, a transformé les peuples en masses, pour reprendre le concept d’Hannah Arendt. Le produit paradoxal de cette désinhibition des passions et de la généralisation du mépris, est l’émergence de personnalités et d’idéologies sans scrupules qui, pour asseoir et maintenir leur pouvoir, dominent les masses désorientées essentiellement par la promotion de la xénophobie et de la haine de l’autre.
Le fanatisme religieux dont on observe des courants dans toutes les religions, l’ultra-nationalisme, le racisme ou l’homophobie, le mépris des pauvres et la haine des riches sont autant de symptômes de cette crise de la culture.

Montée des tensions internationales
La chute des régimes autoritaires dans les années 1980 n’a pas conduit à la mise en place de relations internationales apaisées. Au contraire, après quelques années d’illusions, à l’ordre de la guerre froide a succédé un désordre international. En l’absence d’un ordre international renouvelé et de coopération active que ce soit en matière de paix, d’économie ou d’environnement, c’est un nouvel équilibre des puissances qui se met en place, équilibre dangereusement instable.